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MOI – PEAU

 

Le Moi-Peau, c’est l’être profond sur toute sa surface. La frontière qui fait que l’on est et que les autres sont. Les strates successives qui donnent à l’Homme, debout, son individu. Sa différence. Le Moi-Peau c’est l’enveloppe d’existence qui lui dit, comme une mère: tu es toi, tu es toi-même, tu es unique et le seul. Et seul.

Certains n’ont pas la lissité commune. Déformés par leurs visions propres, faillés, percés, herniques, non compacts à la réalité. Ils fuient et béent même. Alors coulent des humeurs de lave, des carapaçons multicolores. Des entrailles divines que seule l’âme peut convoyer……

Ceux là nous intéressent. Nous en sommes. Il y a dans la superficie léchée un parfum de feigne. Il faut une explosion nucléée pour que démange enfin la teigne. Une déchirure vermeille. Alors la transparence se voile. L’opacité se fend. L’être déjoue le piège de chaque couche derrière laquelle se cache la suivante.

Ainsi apparaissent les strates enfouies, étirées au fer à viande. Triturées à la lune. Bouleversées comme une Terre. Elles vont extruder noirâtre, se répandre. Et puis se révolter, se redresser, manifestes, magnifiques. Taureau, géant, grue cendréée…… Leur existence est bien au plus profond de leur surface.

C’est ça, user de son Moi-Peau: remonter l’archaïque. De force à le sortir. Et lui parler en face, lui dire sa fissure, pour la colmater et le rendre au sauvage, à la Mort, au beau. A lui-même. A soi.

Pierre-Louis Humbert